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Nanoparticules : Pas de panique !

Nanoparticules : Pas de panique !

(!) Article publié dans Tatouage Magazine n°119 (novembre/décembre 2017) - Auteurs : Grenouille / Nicolas Kluger

 

Une nouvelle étude vient d’inquiéter la communauté du tatouage : l’ESRF* annonce depuis le 12 septembre que les particules issues des pigments des encres de tatouage voyagent dans notre organisme... Jusqu’aux ganglions. Le communiqué inspire depuis un large relais médiatique friand d’’alarmer les populations...

 

Tatouage Magazine n° 119 (novembre-décembre é0&7)C’est une nouvelle bombe lâchée dans le monde du tatouage pour cette rentrée 2017 : Alors que l’étude aurait pu passer relativement inaperçue ou se cantonner au milieu scientifique, les chercheurs ont opté pour un communiqué de presse grand public. Diffusé en grande pompe par l’AFP, le sujet a fait en quelques heures le tour des radios, télévisions, journaux et réseaux sociaux. Le propos relayé et retenu par la presse et le grand public se résume en quelques mots : Des nanoparticules composant l’encre de tatouage atteignent les ganglions lymphatiques... Il n’en fallait pas plus pour affoler journalistes, tatoueurs et tatoués. Il suffit pourtant de s’intéresser d’un peu plus près à cette fameuse étude pour se tranquilliser !

A la recherche du risque « théorique »
Les professionnels du tatouage expérimentés sont désormais habitués aux « principes de précaution » plus ou moins bien intentionnés des spécialistes médicaux et scientifiques. On tatoue depuis des millénaires, et professionnellement depuis plus de 50 ans : Si les tatouages avaient du causer de graves problèmes, « ça se saurait » comme dirait l’autre. L’ESRF* est un centre de recherches très pointu : Ses mesures de fluorescence par rayons X ont permis à l’équipe de chercheurs de localiser le dioxyde de titane dans la peau et l’environnement lymphatique, au niveau micro et nano. Les scientifiques ont également utilisé la technique de la spectroscopie infrarouge pour analyser les changements biomoléculaires des tissus à proximité des particules de tatouage. Ça ne vous parle pas beaucoup ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul !

Ce qu’on sait, c’est que n’on ne sait rien !
Cet aveu du communiqué de presse de l’ESRF n’a été que rarement repris par les médias de vulgarisation scientifique (Sciences et Avenir, « La Une de la Science » sur France Inter...) : « La réalité est que l’on sait peu de choses sur les impuretés potentielles présentes dans le mélange des couleurs injectées dans la peau. » Bernard Hesse, premier auteur de l’étude, précise notamment : « Et c’est le problème : nous ne savons pas aujourd’hui comment les nanoparticules réagissent ». Comment expliquer alors l’intérêt d’affoler le grand public lorsque ce type de recherches peut judicieusement amorcer des analyses plus approfondies ? La question reste, le mal est fait.

La coloration des ganglions : Un constat qui ne date pas d’aujourd’hui
Dès la fin du 19ème siècle, des scientifiques évoquaient déjà cette dispersion de « fragments colorés ». Le communiqué de l’ESRF précise d’ailleurs que « nous savions déjà que les pigments provenant des tatouages se déplaçaient vers les ganglions lymphatiques »... Prétendre avoir découvert qu’il s’agit de nanoparticules, et non de microparticules, est en revanche une nuance exagérée : On sait depuis une dizaine d’années qu’il existe des nanoparticules dans les encres de tatouage... L’étude n’est pas dénuée d’intérêt, car elle confirme ce que l’on reconnaissait intuitivement : Sa diffusion massive, alarmiste et mal interprétée constitue cependant un dommage difficile à mesurer pour les tatoueurs et les tatoués.

Bien-fondé des résultats ?
On est en droit de s’interroger sur la pertinence clinique d’une telle étude alors qu’elle a porté exclusivement sur la peau et les ganglions de personnes décédées. Que dire lorsque les chercheurs ne disposent d’aucune information sur le sexe, l’âge, le métier, les antécédents médicaux ou toxiques au cours de la vie de ces personnes ? L’ancienneté des tatouages analysés est elle-même inconnue. A quoi sert d’examiner des tatouages vieux de 50 ans alors qu’une réglementation européenne limite depuis 2008 les taux d’impuretés en sels métalliques, et proscrit certains pigments et substances dans nos encres ? L’ESRF annonce la prochaine étape : « Analyser d’autres échantillons de patients tatoués atteints d’effets indésirables afin de trouver les liens avec les propriétés chimiques et structurelles des pigments utilisés ». Dommage qu’ils n’aient pas attendu ce stade pour partager leurs « découvertes »...

Toxicité non avérée
Faut-il rappeler que le tatouage se différencie singulièrement d’autres sources d’exposition ? L’alimentation ou les produits cosmétiques, qui peuvent renfermer les mêmes nanoparticules visées par l’étude, nous exposent quotidiennement et de manière continue ; Un tatouage introduit une quantité limitée de produit dans la peau. C’est une dose fixe dans la peau à vie, mais il n’y a pas d’exposition répétée à de nouvelles doses comme avec la cigarette, l’alcool, ou tout environnement toxique...
Le seul véritable risque induit à ce jour par cette migration de pigments est la survenue de « faux-positifs » en cancérologie. Explication : Pour dépister les métastases, on recourt à l’analyse du ganglion « sentinelle » : A tort, on peut donc prendre au premier abord un ganglion « tatoué » pour un ganglion cancéreux... Une analyse anatomopathologique permet simplement de corriger le diagnostic, le phénomène est bien connu des oncologues !

Vers une meilleure connaissance des produits
Pour conclure sur une note positive, la médiatisation de cette étude aura été l’occasion de pointer le flou entretenu par les industriels fournissant les pigments (CI = Color index) aux fabricants d’encres, sous couvert de secret commercial. Nos distributeurs nationaux, respectueux des exigences imposées par la loi, ne disposent eux-mêmes pas de précisions sur les CI des étiquettes. C’est bien aujourd’hui la seule zone d’ombre sur nos encres de tatouage. La véritable évolution attendue désormais par les tatoueurs et les tatoués vise une plus grande transparence des fournisseurs de pigments... Pour une meilleure connaissance des produits de tatouage.

*ESRF : European Synchotron Radiation Facility

 

Les tatouages protègent du cancer !

Ce titre provocateur signe un article de recherche danois publié en 2015.
Il n’a fait l’objet d’aucun communiqué AFP ou d’une couverture médiatique : Seuls les réseaux sociaux ont timidement relayé l’information.
Les chercheurs danois se sont intéressés au développement de cancers cutanés sur des souris tatouées. Si la méthode reste critiquable, l’expérience a consisté à comparer deux groupes de rongeurs porteurs d’un large rectangle dans le dos piqué à l’encre noire, connue pour contenir du benzopyrène, un carcinogène. Le 1er groupe a été exposé 3 fois par semaine à des UV, alors que le 2d groupe n’était pas exposé. Deux groupes supplémentaires composés de sujets non tatoués et non exposés aux UV, ou tatoués sans encre, ont fait office de groupes de contrôle.
Sans surprise, toutes les souris bombardées d’UV, tatouées ou non, ont développé un cancer cutané. La surprise, c’est que le temps moyen de développement de ces cancers était considérablement plus long chez la moitié des souris tatouées ! Les chercheurs ont alors conclu sur un effet protecteur des tatouages, et l’impossibilité de confirmer qu’une seule dose injectée de benzopyrène pouvait avoir un effet carcinogène comparable à une exposition répétée.
Une explication probable est que le noir dans le derme absorbe les UV et freine leur réflection vers l’épiderme au contraire d’une une peau blanche et non tatouée.
Le terme « protecteur » est évidemment discutable en termes de santé publique, mais pas plus que l’accent alarmiste appuyé par l’ESRF. Cette année, les mêmes danois ont même récidivé avec une étude et un protocole similaires, cette fois avec du rouge et une encre contenant de l’anisidine, un autre carcinogène actuellement interdit... Le délai de survenue des cancers était alors identique dans les 2 groupes comparés. Conclusion : L’effet cancérigène d’un tatouage contenant des carcinogènes apparaît négligeable rapporté aux effets d’une exposition solaire. Notre équipe de danois a enfin montré dans un 3ème article qu’ils ne retrouvaient aucun cancer dans les organes internes de ces souris tatouées.
Les résultats ne portaient certes pas sur des humains, mais les souris étaient vivantes : Ils ont été publiés dans une revue scientifique et se montrent singulièrement rassurants. Ils ont autant de légitimité que l’étude de l'ESRF, mais on ne peut pas en dire autant de leur visibilité...

> Pour en savoir plus : "Les tatouages protègent du cancer !" (blog)

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