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L'ART

Infographie réalisée par le BDAG, tirée du sondage IFOP (2017),
extraite de l'ouvrage "Le Mondial du Tatouage. Sous le regard de Tin-Tin",
éditions Hachette, 2018

"Nourrie de clichés sur ses usages, cette pratique tient ses origines de traditions communautaires. Un langage identitaire dont il est temps de révéler la dimension artistique à travers son histoire et son renouveau contemporain."
Laura Heurteloup, dans Arts Magazine, juin 2014

Depuis ses origines millénaires jusqu’à aujourd’hui, la pratique du tatouage recouvre à la fois différentes formes, statuts et significations pour ceux qui l’exercent et pour ceux qui l’affichent sur leur peau.

A la question "Le tatouage est-il un art ?", 55% des français répondent Oui : 80% des 18-24 ans et 68% des 25-34 ans approuvent cette opinion.
Sondage IFOP, janvier 2017

"Aux quatre recoins de la planète, on recense aujourd’hui des artistes tatoueurs de renom, de véritables courants artistiques et des oeuvres aux qualités esthétiques indéniables."
Stéphane Martin, Président du musée du quai Branly

Les "styles" constituent ces courants, dont les frontières restent difficiles à délimiter, lorsqu'elles n'ont pas carrément sauté.
4 grands styles fondamentaux ont posé les bases du tatouage moderne :
japonais, hyperréalisme, tribal et old school constituent les racines des multiples réalisations artistiques des tatoueurs du XXIème siècle.
Dès les années 1990, ils commencent à sortir des Beaux-Arts ou des milieux créatifs : Les futurs tatoueurs profitent du défrichement de leurs aînés sur les techniques ; Les produits et les outils se perfectionnent, la presse dédiée et les conventions favorisent les échanges entre pros.

Inspiré des iconographies et des techniques traditionnelles, l'art du tatouage absorbe les influences, mélange les styles et réinvente ses propres codes... Il est incroyablement vivant !

"l'accepter comme art vivant, organique, condamné
à subir les affres du temps et à disparaître :
un art au plus proche de l'homme.
"

Alix Nyssen, L'art du tatouage contemporain :
Reconnaissance et artification
, mémoire 2016-2017

Du japonais au japonisant

Bien que sa véritable histoire soit millénaire et liée au peuple ou à des professions honorables comme celles des pompiers ou des charpentiers, l'image du tatouage japonais ancrée dans l'esprit collectif est celle du yakuza : L'esprit du gangster tatoué reste tenace dans l'opinion publique nippone, malgré une popularité ancestrale et un engouement mondial que la pratique suscite à ce jour.
Cela n'a heureusement en rien freiné son rayonnement : Non seulement la plupart des maîtres traditionnels partagent leur art dans le monde entier, mais l'activité des salons (
en dépit de législations très restrictives) est aussi développée qu'en Occident... Où un certain américain du nom de Don Ed Hardy, riche de l'héritage du mythique Sailor Jerry, a eu l'idée d'initier des échanges avec l'Orient dès les années 60 : Ce tatoueur est un des premiers à avoir confronté l'iconographie et les coutumes des artistes japonais à ses propres talents artistiques.
D'autres ont depuis renouvelé son initiative sous d'autres formes, tel Filip Leu, le fils prodige de la non moins connue famille du même nom.
Outre une infinie collection de motifs d'animaux et de personnages mythologiques et littéraires, le style japonisant ou oriental se caractérise en s'exprimant sur une surface corporelle pré-définie : Manchette, dos, body-suit (irezumi)... Généralement en couleurs et intégrant souvent les éléments de la nature (vagues, fleurs, nuages, flammes...).

Les Etats-Unis et l'Europe, berceaux de l'hyperréalisme

La "fine line" en "black & gray", née sur la peau des gangsters "chicanos" (américains originaires du Mexique) dans les prisons californiennes, est une technique notamment perfectionnée par Jack Rudy à la fin des années 70, aidé par l'évolution des machines. L'élégant Mark Mahoney n'est pas seulement renommé pour les innombrables célébrités qu'il a tatouées, mais est reconnu comme un des pères fondateurs de ce style.
D'abord inspirés de la culture mexicaine et religieuse, les portraits sont alors marqués par des tracés fins et des nuances de noir et gris, exclusivement. Si les tatoueurs aujourd'hui spécialisés dans le réalisme sont capables de produire des pièces impressionnantes par les volumes et la lumière qu'elles dégagent, ils le doivent en partie aux tattoos déjà bluffants produits dans les shops de Los Angeles des années 80... Mais également aux jeunes tatoueurs européens de la génération suivante, qui se réfèrent consciencieusement à l'art figuratif de la Renaissance et de la peinture baroque : Tin-tin et Manu Badet sont parmi les plus emblématiques de cette génération.
C'est aussi au style chicanos qu'on doit le développement des larges calligraphies en arabesques : Les lettrages actuels empruntent à de nombreuses autres sources d'écriture (graffiti, publicité, caractères issus des polices informatiques...) et se tracent même parfois en couleur... A l'instar des tatouages hyperréalistes, auxquels nombre d'artistes n'hésitent plus à intégrer les teintes du vivant !

Le tatouage tribal, ancêtre des graphismes abstraits

Les "tribus" à l'origine du "tribal" tel qu'on le rencontre depuis plus de 20 ans sont aussi disséminées dans le temps que dans l'espace : Des Celtes de la vieille Europe aux Indiens d'Amérique en passant par les légendaires Maoris de Polynésie... Ils ne représentent qu'une partie de la multitudes de cultures possédant un riche patrimoine en matière de tatouage.
C'est dans les années 80 qu'un certain Leo Zulueta, encouragé d'ailleurs par Ed Hardy, est l'un des premiers à puiser dans cette richesse et devient ainsi un inventeur du tatouage tribal moderne ou "néo-tribal". Popularisé plus tard par l'anglais Alex Binnie, ce style a connu son apogée au tout début des années 2000, et est à son tour aujourd'hui mixé à d'autres styles aussi éloignés que surprenants : Les formes autrefois pleines, rondes et pointues fusionnent désormais parfois avec des reliefs et des perspectives réalistes, le noir restant la teinte de prédilection.
Par un curieux retournement de l'Histoire, l'art du tatouage Polynésien connaît un renouveau encouragé par l'engouement occidental pour les anciens motifs traditionnels depuis le début du 21ème siècle. Le tatau est aujourd'hui valorisé par l'ensemble de la société polynésienne, jusqu'aux institutions locales. Il inspire par ailleurs la créativité d'une multitude d'artistes issus ou pas de cette culture, et séduit de nombreux amateurs.

RAPHAËL TIRAF
(tatouage cicatrisé / détail fraîchement réalisé)

Old School, ou le retour aux sources

Le "old school" si plébiscité depuis le début des années 2000 s'est constitué grâce au patrimoine laissé par les marins et les militaires américains d'après-guerre (années 50/60), avec des images traditionnellement puisées dans les standards de l'US Navy et des GI's : Ancres, bateaux, sirènes, drapeaux, aigles, emblèmes divers... Popularisés par les célèbres planches dessinées par Sailor Jerry.
Il a peut-être trouvé un regain d'intérêt à la faveur de la mode rétro (pin-ups, rockabilly et autres thèmes vintage), mais c'est sans aucun doute l'impact visuel des tracés larges et des couleurs franches qui séduit tant de tatoueurs et de tatoués. S'embarrassant de peu de détails et de dégradés, les motifs sont ultra lisibles, et par conséquent souffrent moins que d'autres du vieillissement.
Isolés ou intégrés dans un ensemble, ils peuvent être placés sur le corps comme on y collerait de belles images.
L'actuel "new school", qui a émergé dans les années 90, emprunte la technique et le rendu de son aïeul en y intégrant plus de couleurs, d'ombrages et surtout de motifs, piochés initialement dans l'univers du graffiti et des comics...
C'est finalement le "neo-traditionnel" (ou plus souvent "neo-trad") qui s'apparente visuellement le plus aux origines du style, tout en affichant un caractère à la fois plus dynamique et raffiné : Les compositions restent assez similaires, tout en multipliant les thèmes à l'infini ; Les courbes s'adoucissent et les couleurs gagnent en nuances et en dégradés ; Les motifs s'enrichissent parfois de détails.

"Bon nombre de ces "courants" semblent se former à partir de travaux d'individus, à l'univers créatif novateur et original, qui ont influencé et inspiré le reste des producteurs. En réalité, certains tatoueurs ayant développé leur esthétique propre ne rentrent pas dans ces cadres stylistiques rigides. Aujourd'hui encore, les tatoueurs innovent et cherchent à exploiter toues les possibilités expressives qu'offre le tatouage. Comme ils le feraient sur n'importe quel support "conventionnel", ils allient compétences techniques, créativité et audace artistique."
Alix Nyssen, L'art du tatouage contemporain :
Reconnaissance et artification
, mémoire 2016-2017

 

Foisonnement créatif et explosion des codes en Europe

Si l'on peut historiquement dégager les 4 grands styles décrits ici, il devient périlleux de tenter de définir ou de décrire ce que pourraient être les styles actuels établis : L'explosion de la pratique depuis le début des années 2000 dans le monde entier, associée à la tradition d'échanges et de voyages ancrée chez les artistes qui la véhiculent, rend quasiment impossible cette tentative.

On peut se souvenir du français Yann Black, qui est franchement sorti des limites plus ou moins établies à ses débuts dans les années 90 : Longtemps controversé, comme ont pu l'être certains courants artistiques en peinture par exemple, son travail a su attirer un certain public, adepte d'un nouveau jeu de lignes abstrait et minimaliste. Qu'on y adhère ou pas, il est indéniable qu'il a pu amorcer le principe selon lequel toute forme de création graphique pouvait avoir sa place sur le corps...

Ainsi, et en se gardant de viser des réalisations artistiques qui pourraient être absolument représentatives d'un courant défini, on relève qu'aujourd'hui des élans créatifs difficilement classables : le Trash Polka du couple Volko & Simone, les oeuvres "médiévales" de Mikael de Poissy ; le Dotwork repris notamment par Jean-Pierre Mottin ; les gravures de Maud Dardeau ; les créations ultra-colorées (ou carrément monochrome !) notamment inspirées du street-art de Dusty, les motifs ultra-décalés et traités de manière très traditionnelle de Fatmanu ; les tatouages réalistes et/ou réalistes mêlant l'aquarelle de Niko Inko... Et tant d'autres à découvrir !

Le seul art graphique mêlant tous les autres ?

Force est de constater qu'on peut (presque) tout décliner et fusionner à l'infini en tatouage : Dessin (et tous ses riches dérivés, de l'illustration à la BD, en passant par l'animation 3D...), écriture, topographie, peinture, gravure, estampe, photographie, calligraphie, graffiti...
Si l'Europe, pour ne citer qu'elle, traîne de longue date le traumatisme des  tatouages infamants ou proscrits pendant des siècles, elle est aussi le berceau fondateur des enseignes des cités portuaires. Et ce n'est peut-être pas un hasard si les dernières générations de tatoueurs européens se réfèrent souvent aux Beaux-Arts et à la tradition figurative. Tin-tin est en cela emblématique : "Je me suis penché sur l'art de Raphaël ou de Michel-Ange. Je travaillais très studieusement, à la manière des copistes de toiles de maîtres."*
Avant même cela, en l'absence de documentation spécifique sur le tatouage, l'artiste s'est inspiré "directement des livres d'illustration d'auteurs tels que Gil Elvgren ou Frank Frazetta."** Ces sources modernes et distinctes d'un certain hyperréalisme alimentent l'idée selon laquelle l'art du tatouage se nourrit de tout, du plus lointain passé aux mouvements les plus récents. Enfin, chaque artiste se concentre sur des thèmes et des graphismes souvent très différents tout au long de sa vie. En témoignent, par exemple, les multiples tatouages japonisants de Tin-tin, dont chaque réalisation est absolument unique.

Connaissance des arts, 2e trimestre 2014
** Tatoueurs, tatoués, Actes Sud/Musée du Quai Branly, 2014

(c) www.snat.info

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