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LA PRATIQUE

L'observation est une clé fondamentale pour apprendre...
(merci à Amy Mymouse et Raphaël Tiraf pour la pause !
exposition Holiday Ink Pertuis, 2013)

Se former & devenir tatoueur :
Dessiner, observer, progresser... Toute sa vie !

Si la France comptait à peine une vingtaine de tatoueurs au milieu des années 1980, ce nombre a rapidement augmenté puis explosé : Tatouage Magazine recensait plus de 300 studios dans son premier numéro en 1997... Aujourd'hui, 4 à 5000 professionnels exerceraient le tatouage comme activité principale, peut-être beaucoup plus : Malgré l'obligation de déclaration individuelle d'activité depuis 2008, les données chiffrées restent localisées aux ARS (Agence Régionale de Santé), d'où la difficulté de disposer de statistiques plus précises sur l'Hexagone.

Loin d'être anodin, l'acte de tatouer implique des connaissances adaptées aux règles d'hygiène et de salubrité, tout en exigeant un certain talent artistique, ainsi qu'un savoir-faire qui s'acquiert non par un simple cursus éducatif mais par une patiente  assimilation, une lente progression et un perfectionnement continu.


"Lorsqu'un tattoo artist vient se faire tatouer, je sais ce qu'il fait, cela fait partie de sa vie, de son monde ; il apprend, il collecte."
Filip Leu, Tatoueurs, Tatoués, Musée du Quai Branly/Actes Sud, 2014


La formation aux règles d'hygiène et de salubrité est, et doit rester, l'unique condition légale et préalable pour pouvoir commencer à exercer : Le véritable cursus d'un futur tatoueur est celui de l'expérience, idéalement auprès d'un ou plusieurs professionnel(s) ; La seule école vraiment nécessaire est celle du dessin. L'acquisition des techniques repose sur des bases solides lorsqu'on le maîtrise ! 
Passer par les Beaux-Arts, par exemple, peut constituer une voie royale d'accès au métier. L'observation assidue et les conseils d'un professionnel expérimenté et reconnu peut alors permettre de construire patiemment un savoir-faire durable. La multiplication des rencontres ne pourra que l'enrichir, au sein d'une communauté édifiée et définie par l'échange, qu'il s'agisse de composition graphique, d'outils et de matériel, d'application des produits, ou même de profondeur d'épiderme !

... Le dessin est indispensable : Pour apprendre, débuter, et créer !
(merci à Teo Milev pour son sérieux ! Holiday Ink Pertuis, 2012)

L'observation = la clé !

Qu'on débute aux côtés d'un professionnel, ou qu'on choisisse la difficile voie autodidacte, il est primordial d'aller à la rencontre des tatoueurs : Fréquenter les studios, les conventions, construire patiemment un réseau de contacts... Où chaque futur tatoueur peut trouver de l'aide, des conseils, ou au pire des cas largement de quoi observer, ce qui permet déjà d'apprendre énormément.
Il existe en outre des séminaires techniques organisés par de très bons tatoueurs sur différentes conventions : Les places sont évidemment plus rares, mais la qualité des savoirs dispensés est incomparable.

L'exemple du Japon est en ce sens exemplaire : Au pays du Soleil-Levant, apprendre c'est d'abord regarder, "voler des yeux".
Les heureux élus admis auprès des plus grands maîtres sont déjà des dessinateurs aguerris et doivent montrer une certaine connaissance de la culture tatouage. La démarche a beaucoup plus de sens que n'en aura jamais un diplôme : Le futur tatoueur consacre de nombreuses heures au dessin, à l'observation et à l'aspect élémentaire du métier (préparer les espaces de travail notamment) avant d'appliquer les techniques.

Faire ses premiers pas chez un pro ?

Débuter et apprendre les fondamentaux au sein d'un studio avec un ou plusieurs professionnel(s) expérimenté(s) pose le parcours idéal d'un futur tatoueur : Il faut toutefois rappeler que l'activité d'un atelier ne justifie pas toujours la présence d'un tatoueur débutant. Généralement considéré comme un apprenti pendant une durée d'au moins six mois à un an, il participe évidement aux tâches quotidiennes de l'équipe mais ne sera pas autorisé à toucher une machine avant plusieurs mois.

Aux parents inquiets qui nous interrogent fréquemment sur la pérennité du métier, nous ne pouvons cacher que les professionnels sont sollicités plusieurs fois par an par des aspirants ayant parfois peu conscience des difficultés du métier : Seuls les plus talentueux peuvent envisager un avenir solide dans ce secteur artistique, car il y a aujourd'hui beaucoup plus de demandes que d'opportunités... Les tatoueurs s'étonnent en outre de la médiocrité et de l'orgueil de certains candidats, là où ils attendent un certain niveau graphique et un minimum d'humilité.

Contrairement à une croyance tenace, les professionnels en place, et à plus forte raison les plus expérimentés d'entre eux, sont disposés à accompagner, voire former un aspirant tatoueur "qui vaut le coup", autrement dit qui dispose d'un réel potentiel artistique et surtout d'une motivation à toute épreuve... Face à la forte demande, les pros sont en revanche de plus en plus exigeants : Qui peut le leur reprocher ?

 

Comment tenter sa chance vers un  pro ?


1° Prendre du recul sur son propre potentiel

Est-on assez exigeant sur la qualité de ses propres dessins ? Peut-on éventuellement se prévaloir d'une formation artistique ou d'une expérience dans un secteur exigeant des compétences graphiques ? S'est-on imprégné de la culture du tatouage ? S'est-on intéressé à son histoires, à ses techniques ? Peut-on exprimer une réelle curiosité pour les travaux des artistes reconnus ?...

Il ne faut pas hésiter à remettre constamment en cause son propre niveau en dessin, et travailler successivement sur différents thèmes et mouvements. Si c'est possible, sonder l'avis de personnes compétentes (pas forcément des tatoueurs !). C'est l'atout élémentaire (ou la faiblesse) du futur tatoueur. Débutant ou expérimenté, on ne dessine jamais trop !


2° Se montrer curieux et patient

Il s'agit non seulement de feuilleter un maximum d'ouvrages et de revues sur le sujet, mais de visiter les studios, se déplacer en convention... Et se faire tatouer si possible !
Autant de moyens pour observer des professionnels travailler et créer des contacts. La personnalité de chacun entrera inévitablement en ligne de compte : le tatouage est une affaire de sensibilité et les qualités humaines sont déterminantes. Celui qui sait se montrer à la fois discret et curieux aura fait la plus grosse partie du chemin...


3° Constituer un book

Le book fait office de CV auprès des tatoueurs sollicités :
Il doit refléter votre "niveau" en dessin, si possible dans différents styles. Les créations personnelles sont accessoires, sauf si elles dénotent un talent exceptionnel, ce qui n'est vraiment pas évident à juger sur son propre travail !
Les tatoueurs pros voient énormément de candidats et de "books" défiler, c'est donc la qualité (avant l'originalité) des dessins qui sera susceptible de faire la différence. Couleur ou noir et blanc, ce n'est probablement pas le plus important, dans le mesure où le candidat sait utiliser les nuances dans n'importe quel cas.
Le format de présentation (carton à sketches, carnet de croquis, etc.) importe peu, mais présenter un contenu propre et organisé (par thèmes) en facilitera la "lecture" et pourra donc être un plus. Grâce aux réseaux sociaux, il est tentant de se contenter d'un book en ligne et de contacter les tatoueurs par e-mail, forum ou autre : Se déplacer avec un book "physique" et pouvoir établir un contact "réel" reste malgré tout un vrai plus : Une rencontre peut se révéler décisive, où un échange de messages virtuels a moins de chances d'aboutir.
Il est essentiel de privilégier la qualité à la quantité, en éliminant les dessins dont le candidat n'est pas convaincu. Eviter tout de même de se présenter avec seulement 3 ou 4 dessins sous le bras, et attention aux "copies", elles sont très facilement repérées par un tatoueur expérimenté !


4° Mettre son book et soi-même à l'épreuve

Il convient évidemment de connaître les réalisations du (ou des) tatoueur(s) sollicité(s) et de s'y intéresser... Inutile de forcer la main d'un professionnel dont on n'apprécie pas soi-même la qualité du travail !

Gardez également à l'esprit qu'un tatoueur n'est pas forcément toujours disponible pour recevoir quelqu'un et prendre le temps de regarder son book : N'oubliez jamais que celui qui "demande", c'est vous, et non le contraire... Certains ont tendance à occulter ce principe, et s'étonnent de ne pas être mieux accueillis, comme si le tatoueur sollicité leur devait quelque chose !
Si vous savez vous montrer à la fois patient et discret, respectueux du travail et des clients du tatoueur, et pourquoi pas serviable (sur votre propre initiative bien sûr !)... Vous mettez toutes les chances de votre côté.
Retenez enfin que le risque de désillusion est grand pour ceux qui ne rassemblent pas toutes ces exigeantes qualités : Vous obtiendrez peut-être ainsi le sésame !


5° Se préparer à travailler dur

Tout débutant accueilli dans un studio, qu'il soit salarié (dans l'idéal, même à temps partiel) ou travailleur indépendant (attention aux règles excluant tout lien d'exclusivité ou de subordination !), entame une longue période de labeur, d'observation et de tâtonnements.
En revanche, un "apprenti" n'a en aucun cas à débourser la moindre somme d'argent pour sa formation dans un studio : Il participe à la vie du shop, peut se voir octroyer des tâches ingrates, et est censé donner de sa personne quotidiennement d'une manière générale. C'est sa manière de payer la transmission des savoirs qui lui est consentie.
Plusieurs mois peuvent se passer avant qu'une machine ne soit confiée à un débutant pour des travaux simples. Cette pratique s'orientera progressivement vers des réalisations plus complexes, toujours sous la surveillance d'un tatoueur, qui saura vous pousser à l'autonomie au moment opportun.
Suivant  votre capacité à comprendre et assimiler les connaissances transmises,  vous pouvez devenir tout-à-fait autonome après 6 à 24 mois d'efforts.

Le tatoueur voyageur

"Le tatouage a toujours incarné, en Occident, l'énergie du voyage. On doit prendre la mesure de l'implication des tatoueurs eux-mêmes visant à optimiser leur pratique en tant qu'art en mouvement, leurs efforts pour échanger connaissances et innovations techniques, à une époque où la voie épistolaire était la plus rapide. A partir de la fin du XIXe siècle, les tatoueurs communiquaient par l'envoi de documentation, notes personnelles, photos. [...] Les tatoueurs opéraient des rapprochements, se déplaçant pour travailler chez l'un ou chez l'autre, ceci jusqu'au bout de la terre. [...] A partir des années 1980, les conventions mondiales contribuèrent à resserrer, puis généraliser les liens. Aujourd'hui, Internet connecte d'un battement de cils par mail, là où le tatouage peut aussi n'être qu'une technique sans art. Toutefois, en réaction, pour retrouver un art qui serait une expression authentique basée sur l'humain, une génération libérée des automatismes du studio sédentaire recommence à voyager. Ces tatoueurs, "on the road", travaillent sur la route. A l'heure du tout connexion, ils arrêtent passionnément le temps, ils cherchent l'antidote. En 2014, la singularité de la famille Leu - active dans le milieu depuis plus de trois décennies - porte la richesse d'une époque que le coeur irrigue, un monde où le tatouage l'emporte sur l'artificiel. Le voyage y est roi et formateur."
Anne & Julien (Hey!), Tatoueurs, Tatoués, Musée du Quai Branly/Actes Sud, 2014

La machine à tatouer
n'est pas un jouet !

Aucun distributeur sérieux ne propose de "kit débutant" : Les coffrets pour "débuter malin et pas cher" renferment, pour un prix dérisoire, du matériel de piètre qualité et des produits inconnus et intraçables...
L'idéal pour un scratcheur, mais pas pour un tatoueur débutant !

Apprendre en autodidacte ?

Force est de constater que cette option représente une voie courante. De nombreux tatoueurs aujourd'hui reconnus ont commencé de cette manière... Ils sont aussi les premiers à avouer qu'ils auraient évité bien des erreurs et gagné un temps précieux s'ils avaient eu la chance d'être formé chez un pro.
Quoi qu'il en soit, ce sont là encore les meilleurs dessinateurs qui sont devenus les meilleurs tatoueurs, avec ou sans l'appui de leurs pairs...
Le plus difficile en autodidacte est de choisir son matériel : Les kits à bas prix sont de qualité médiocre, les machines et produits professionnels sont onéreux. L'approche des supports vivants que sont la peau et le corps humains est particulièrement délicate sans l'aide d'un professionnel expérimenté. 
Apprendre en autodidacte ne doit pas dispenser de rechercher le contact avec des pros, dans les studios ou sur les conventions. En restant isolé, on risque de souffrir de lacunes pendant des années sans même s'en apercevoir.
Enfin, dès lors qu'on procède à des actes de tatouage par effraction cutanée, on est tenu de respecter les obligations légales qui s'y rapportent, ce qui représente un coût lourd à assumer lorsqu'on ne bénéficie pas d'un démarrage dans une structure professionnelle rodée : Cela implique notamment le financement de la formation obligatoire à l'hygiène, l'aménagement d'un studio normalisé et l'investissement dans un équipement professionnel.

Quel cadre pour les futurs tatoueurs ?

La réflexion reste ouverte !
Pendant près de deux ans, le SNAT a missionné un groupe de travail sur l'idée d'un CQP (certificat de qualification professionnel) afin de tenter de répondre à la problématique du statut de l'apprenti tatoueur : Dans cette optique, nous avions imaginé naïvement créer notre propre branche métier... Or, la création d'une telle branche nous obligerait à nous rattacher à des professions bien éloignées de la nôtre sans apporter de réelles solutions. Il suffit de constater le nombre de CQP inventés dans le secteur de l'esthétique... Et d'observer que les mêmes formateurs des "écoles de tatouage" ont commencé à plonger dans la brèche.
A ce jour, la seule vraie solution à ce jour d'un point de vue légal pour nos "apprentis" reste le salariat (CDI, CDD, temps partiel...).
L'option d'un contrat de type collaboration peut être valable mais ne permet de justifier d'aucun lien de subordination ou d'exclusivité avec la personne en contrat, qui se retrouve en situation de totale indépendance. L'équilibre se trouve sans aucun doute au niveau des qualités graphiques du futur tatoueur !
Pour l'avenir, la formation artistique doit absolument être mise en avant, en cohérence avec la défense du statut d'artiste tatoueur : Etablir des liens avec les écoles d'art est une option que nous aimerions envisager. Avec un tel cursus, tout étudiant serait à même de trouver un professionnel susceptible de lui transmettre la technique nécessaire à la pratique du tatouage, avec l'option d'une convention de stage pour une durée de 6 mois.

 

Pour ou contre les écoles ?
Existe-t-il des certificats ou des diplômes ?

L'émergence d'écoles et "d'académies", autoproclamées comme telles, est une conséquence fatale de l'engouement pour la pratique, encouragé entre autres par des shows télé mettant en compétition des tatoueurs, ou faisant évoluer des personnalités exubérantes dans un univers mis en scène de A à Z : Les tatoueurs sont des mecs drôles et séducteurs ; Les tatoueuses sont espiègles et sexy...
Forts de ces clichés, et accédant parfois au rang de véritables stars, ces personnalités suscitent nombre de vocations spontanées pour un métier en vogue, potentiellement lucratif, et en apparence facile d'accès...
Les écoles ne font que répondre à cette vague de demandes, produisant des vagues de tatoueurs "diplômés" moyennant une centaine d'heures de cours dispensés par des "formateurs" qui, à défaut d'avoir pu devenir eux-mêmes des tatoueurs reconnus, ont fait le choix de délivrer des certificats pour quelques milliers d'euros.
Nous défendons un avenir meilleur pour l'art du tatouage : Encourager l'arrivée en masse de tatoueurs formatés et légitimés, sur un secteur déjà saturé, va à l'encontre de cette idée : En l'état actuel de la profession et de l'offre en la matière, le choix d'une "école" ou d'une formation payante reste tout-à-fait marginal et hasardeux. L'offre est limitée, coûteuse, et n'offre aucune véritable garantie sur les compétences du formateur. Se présenter auprès d'un professionnel avec un tel "cursus" apporte ainsi peu de crédit lorsqu'on cherche un poste de tatoueur...
Enfin, si de rares séminaires techniques ou stages de perfectionnement sont proposés sur les conventions ou en atelier par des tatoueurs reconnus, ils sont destinés à des professionnels déjà expérimentés : Le SNAT ne cautionne, à ce jour, aucune formation payante destinée aux débutants.
Seule la formation Hygiène et Salubrité est requise par la loi, et ne forme en aucun cas aux techniques de tatouage proprement dites : Aucune formation agréée ou reconnue ne dispense d'initiation technique
Les éventuels titres de certification revendiqués par certains organismes ne sont pas des diplômes reconnus par l’État mais des modules construits et définis par ces organismes eux-mêmes, puis répertoriés moyennant un dossier administratif en bonne et due forme... Dans lequel toute notion artistique ou exigence technique du formateur sont absentes. La valeur de ces organismes n'a souvent d'égale que leur (grande) capacité de communication.

(c) Joce, sur le thème de l'apprentissage. 2012
(Extrait : Cliquer pour voir la peinture intégrale !)

Le chemin peut être long à parcourir, mais ce principe de transmission d'une génération à l'autre permet à l'art du tatouage d'évoluer, aux techniques de s'affiner, et aux nouveaux styles nouveaux d'émerger.

"J'aime tatouer, mais la partie la plus intéressante pour moi reste la création d'un dessin qui bouge sur le corps. Ça m'a pris beaucoup de temps pour juste comprendre ce que je sais. Et j'apprends toujours [...].
C'est un apprentissage sans fin. Tatouer est facile pour moi, mais l'artistique est la partie la plus exigeante.
[...] On peut être très talentueux en dessin, et mauvais tatoueur. Moi, je préfère un mauvais tatouage qui a un beau dessin, que le contraire."

Filip Leu, Tatoueurs, Tatoués, Musée du Quai Branly/Actes Sud, 2014

(c) Konrad, illustrateur, pour le SNAT, 2012

Pourquoi le SNAT est contre l'idée d'un CAP ?
Pourquoi pas un statut d'artisan d'art ?

Un CAP est un diplôme donnant une qualification d'ouvrier ou d'employé qualifié : Une telle certification reviendrait à abandonner notre raison d'être considérée en tant qu'artiste, comme n'importe quel peintre !
Un CAP tatouage tenterait encore plus de nouveaux tatoueurs en puissance, et ne ferait que légitimer le tatouage en série, pour voir fleurir à terme des chaînes de magasins certifiés comme il en existe chez les coiffeurs et les esthéticiennes : Chacun pourra y choisir son petit tattoo copié-collé mille fois et se le faire tatouer sans rendez-vous...
Depuis la seule mise en oeuvre de la formation obligatoire Hygiène et Salubrité (2008), le nombre de tatoueurs déclarés a explosé : On peut deviner comment un CAP scléroserait définitivement notre art.
Notre corps est unique, nos tatouages doivent l'être
L'argument des défenseurs d'un statut d'artisan vise précisément l'ouverture de formations diplômantes et de véritables contrats d'apprentissage en alternance, avec les "privilèges" qui peuvent y être associés : Aides à l'embauche, salaire minimal de 25 à 53% du SMIC pour la 1ère année selon l'âge... Encore faut-il être âgé de 25 ans au plus pour pouvoir en bénéficier, ou 30 ans dans certaines régions expérimentales.
Or, au-delà de l'aberration d'un principe diplômant pour le tatouage, qu'il soit ou non qualifié d'artistique, l'artisanat répond avant tout à des contraintes techniques ou utilitaires. Pour nous, le tatouage, même s'il n'est pas toujours strictement créatif ou original, est fondamentalement plus esthétique qu'utilitaire.
En outre, le but final de la démarche artisanale est d'obtenir un objet parfaitement réalisé : Non seulement un corps tatoué ne peut se soumettre à un principe de perfection ou d'imperfection, mais la perfection n'est pas le but d'une création artistique, c'est l'expression de l'artiste qui est primordiale, et non la qualité technique du résultat.
Enfin, un artiste peut parfois travailler sur commande : Un artisan a le devoir de le faire. L'existence d'un diplôme officiel de tatouage reviendrait à reconnaître systématiquement le tatoueur comme un simple technicien copiste, disposé à reproduire sans fin les mêmes motifs... Un avenir que nous rejetons pour l'ensemble de la profession.

(c) www.snat.info

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