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Se former & devenir tatoueur :
Dessiner, observer, progresser...
Toute sa vie !

Si la France comptait à peine une vingtaine de tatoueurs au milieu des années 1980, ce nombre a rapidement augmenté puis explosé : Tatouage Magazine recensait plus de 300 studios dans son premier numéro en 1997... Aujourd'hui, 15000 professionnels exerceraient le tatouage comme activité principale, peut-être beaucoup plus : Malgré l'obligation de déclaration individuelle d'activité depuis 2008, les données chiffrées restent localisées aux ARS (Agence Régionale de Santé), d'où la difficulté de disposer de statistiques plus précises sur l'Hexagone.

Loin d'être anodin, l'acte de tatouer implique des connaissances adaptées aux règles d'hygiène et de salubrité, tout en exigeant un certain talent artistique, ainsi qu'un savoir-faire qui s'acquiert non par un cursus éducatif classique mais par une apprentissage patient, une transmission progressive et un perfectionnement continu.


"Lorsqu'un tattoo artist vient se faire tatouer, je sais ce qu'il fait, cela fait partie de sa vie, de son monde ; il apprend, il collecte."
Filip Leu, Tatoueurs, Tatoués, Musée du Quai Branly/Actes Sud, 2014


La formation aux règles d'hygiène et de salubrité est l'unique condition légale pour pouvoir commencer à exercer : Le véritable cursus d'un futur tatoueur est celui de l'expérience, idéalement auprès d'un ou plusieurs professionnel(s) ; La seule école vraiment nécessaire est celle du dessin. L'acquisition des techniques repose sur des bases solides lorsqu'on le maîtrise ! 
Passer par les Beaux-Arts, par exemple, peut constituer une voie royale d'accès au métier. L'observation assidue et les conseils d'un professionnel expérimenté et reconnu peut alors permettre de construire patiemment un savoir-faire durable. La multiplication des rencontres ne pourra que l'enrichir, au sein d'une communauté édifiée et définie par l'échange, qu'il s'agisse de composition graphique, d'outils et de matériel, d'application des produits, ou même d'épiderme.

L'observation est une clé fondamentale pour apprendre...
(merci à Amy Mymouse et Raphaël TirafHoliday Ink Pertuis, 2013)

L'observation = la clé !

Qu'on débute aux côtés d'un professionnel, ou qu'on choisisse la voie autodidacte, plus difficile, il est primordial d'aller à la rencontre des tatoueurs : Fréquenter les studios, les conventions, construire patiemment un réseau de contacts... Où chaque futur tatoueur peut trouver de l'aide, des conseils, ou plus simplement matière à observer, ce qui permet déjà d'apprendre énormément.

L'exemple du Japon est en ce sens exemplaire : Au pays du Soleil-Levant, apprendre c'est d'abord regarder, "voler des yeux".
Les heureux élus admis auprès des plus grands maîtres sont déjà des dessinateurs aguerris et doivent montrer une certaine connaissance de la culture tatouage. La démarche a beaucoup plus de sens que n'en aura jamais un diplôme : Le futur tatoueur consacre de nombreuses heures au dessin, à l'observation et à l'aspect élémentaire du métier (préparer les espaces de travail notamment) avant d'appliquer les techniques.

Débutant ou expérimenté, un tatoueur ne dessine jamais trop !
(merci à Teodor MilevHoliday Ink Pertuis, 2013)

Apprendre en autodidacte ?

Force est de constater que cette option représente une voie courante. De nombreux tatoueurs aujourd'hui reconnus ont commencé de cette manière... Ils sont aussi les premiers à avouer qu'ils auraient évité bien des erreurs et gagné un temps précieux s'ils avaient eu la chance d'être formé chez un pro.
Quoi qu'il en soit, ce sont là encore les meilleurs dessinateurs qui sont devenus les meilleurs tatoueurs, avec ou sans l'appui de leurs pairs...
Le plus difficile en autodidacte est de choisir son matériel : Les kits à bas prix sont de qualité médiocre, les machines et produits professionnels sont onéreux. L'approche des supports vivants que sont la peau et le corps humains est particulièrement délicate sans l'aide d'un professionnel expérimenté : Se tourner vers des supports alternatifs (peau synthétique, orange ou autre couenne de porc...) constitue un entraînement médiocre et peut fixer des habitudes catastrophiques.
Apprendre en autodidacte ne doit pas dispenser de rechercher le contact avec des pros, dans les studios ou sur les conventions. En restant isolé, on risque de souffrir de lacunes pendant des années sans même s'en apercevoir.

Enfin, dès lors qu'on procède à des actes de tatouage par effraction cutanée, on est tenu de respecter les obligations légales qui s'y rapportent, ce qui représente un coût lourd à assumer lorsqu'on ne bénéficie pas d'un démarrage dans une structure professionnelle rodée : Cela implique notamment le financement de la formation obligatoire à l'hygiène, l'aménagement d'un studio normalisé et l'investissement dans un équipement professionnel.

Faire ses premiers pas chez un pro ?

Débuter et apprendre les fondamentaux au sein d'un studio avec un ou plusieurs professionnel(s) expérimenté(s) pose le parcours idéal d'un futur tatoueur : Il faut toutefois rappeler que l'activité d'un atelier ne justifie pas toujours la présence d'un tatoueur débutant.
Considéré comme un apprenti pendant une durée d'au moins six mois à un an, il participe évidement aux tâches quotidiennes de l'équipe mais ne sera généralement pas autorisé à toucher une machine avant plusieurs mois.

Aux parents inquiets qui nous interrogent sur la pérennité du métier, nous ne pouvons cacher que les professionnels sont sollicités plusieurs fois par an par des aspirants ayant parfois peu conscience des difficultés du métier : Seuls les plus talentueux peuvent envisager un avenir solide dans ce secteur artistique, car il y a toujours beaucoup plus de demandes que d'opportunités...
Contrairement à une croyance tenace, les professionnels en place, et à plus forte raison les plus expérimentés d'entre eux, sont disposés à accompagner, voire former un aspirant tatoueur "qui vaut le coup", autrement dit qui dispose d'un réel potentiel artistique, d'une motivation à toute épreuve et si possible d'un peu d'humilité... Face à la forte demande, les tatoueurs sont en revanche de plus en plus exigeants et accueillent mal les candidats médiocres ou orgueilleux !

 

Comment tenter sa chance vers un  pro ?


1° Prendre du recul sur son propre potentiel

Est-on assez exigeant sur la qualité de ses propres dessins ? Peut-on éventuellement se prévaloir d'une formation artistique ou d'une expérience dans un secteur exigeant des compétences graphiques ? S'est-on imprégné de la culture du tatouage ? S'est-on intéressé à son histoires, à ses techniques ? Peut-on exprimer une réelle curiosité pour les travaux des artistes reconnus ?...

Il ne faut pas hésiter à remettre en cause son propre niveau en dessin, et travailler successivement sur différents thèmes et mouvements. Si c'est possible, sonder l'avis de personnes compétentes (pas forcément des tatoueurs !). C'est l'atout élémentaire (ou la faiblesse) du futur tatoueur. Débutant ou expérimenté, on ne dessine jamais trop !


2° Se montrer curieux et patient

Il s'agit non seulement de feuilleter un maximum d'ouvrages et de revues sur le sujet, mais de visiter les studios, se déplacer en convention... Et se faire tatouer si possible !
Autant de moyens pour observer des professionnels travailler et créer des contacts. La personnalité de chacun entrera inévitablement en ligne de compte : le tatouage est une affaire de sensibilité et les qualités humaines sont déterminantes.


3° Constituer un book

Le book fait office de CV auprès des tatoueurs sollicités :
Il doit refléter votre "niveau" en dessin, si possible dans différents styles. Les créations personnelles sont accessoires, sauf si elles dénotent un talent exceptionnel !
Les tatoueurs pros voient énormément de candidats et de "books" défiler, c'est donc la qualité (avant l'originalité) des dessins qui pourra faire la différence.
Le format de présentation (carton à sketches, carnet de croquis, etc.) importe peu, mais présenter un contenu propre et organisé (par thèmes) en facilitera la "lecture" et pourra donc être un plus. Avec les réseaux sociaux, il est tentant de se contenter d'un book en ligne ou d'un lien Instagram pour contacter les tatoueurs par messagerie privée ou par e-mail... Se déplacer avec un book "physique" et pouvoir établir un contact "réel" reste malgré tout un vrai plus : Une rencontre peut se révéler décisive, où un échange de messages virtuels a moins de chances d'aboutir.
Il est essentiel de privilégier la qualité à la quantité, en éliminant les dessins dont on n'est pas convaincu. Eviter tout de même de se présenter avec seulement 3 ou 4 dessins sous le bras, et attention aux "copies", elles sont très facilement repérées par un tatoueur expérimenté !


4° Mettre son book et soi-même à l'épreuve

Il convient évidemment de connaître les réalisations du tatoueur sollicité et de s'y intéresser : Inutile de forcer la main d'un professionnel dont on n'apprécie pas soi-même la qualité du travail !

Un tatoueur n'est pas forcément toujours disponible pour recevoir quelqu'un et regarder son book : N'oubliez jamais que celui qui "demande", c'est vous, et non le contraire... Le tatoueur sollicité ne vous doit rien !
Si vous savez vous montrer discret et respectueux du travail et des clients du tatoueur, et pourquoi pas serviable (sur votre propre initiative bien sûr !)... Vous mettrez toutes les chances de votre côté.


5° Se préparer à travailler dur

Tout débutant accueilli dans un studio, qu'il soit salarié (dans l'idéal, même à temps partiel) ou travailleur indépendant (attention aux règles excluant tout lien d'exclusivité ou de subordination !), entame une longue période de labeur, d'observation et de tâtonnements.
Attention, un "apprenti" n'a en aucun cas à débourser la moindre somme d'argent pour sa formation dans un studio. Il participe à la vie du shop et est censé donner de sa personne quotidiennement d'une manière générale : C'est un juste retour de la transmission des savoirs qui lui est consentie. Faire payer ou demander une quelconque compensation pécuniaire à un tatoueur débutant pour se former n'est ni une pratique courante, ni un principe admis par la profession : Outre le risque que la situation se révèle illicite (notamment si aucun contrat écrit n'est prévu), "l'apprentissage" peut n'avoir aucune valeur, selon les qualités artistiques et/ou la réputation du tatoueur.

Plusieurs mois peuvent se passer avant qu'une machine ne soit confiée à un débutant pour des travaux simples. Cette pratique s'orientera progressivement vers des réalisations plus complexes, toujours sous la surveillance d'un tatoueur, qui saura vous pousser à l'autonomie au moment opportun.
Suivant  votre capacité à comprendre et assimiler les connaissances transmises, vous pouvez commencer à devenir autonome après 6 à 24 mois d'efforts.

"J'aime tatouer, mais la partie la plus intéressante pour moi reste la création d'un dessin qui bouge sur le corps. Ça m'a pris beaucoup de temps pour juste comprendre ce que je sais. Et j'apprends toujours [...].
C'est un apprentissage sans fin. Tatouer est facile pour moi, mais l'artistique est la partie la plus exigeante.
[...] On peut être très talentueux en dessin, et mauvais tatoueur. Moi, je préfère un mauvais tatouage qui a un beau dessin, que le contraire."

Filip Leu, Tatoueurs, Tatoués, Musée du Quai Branly/Actes Sud, 2014

Devenir tatoueur : Faites le bon choix !

Pour ou contre les écoles ?
Existe-t-il des certificats ou des diplômes ?

La multiplication d'écoles privées et autres "académies" est une conséquence fatale de l'engouement pour la pratique : Nombre de vocations sont motivées par ce qui est considéré comme un métier en vogue, potentiellement lucratif, et en apparence facile d'accès...
Les écoles ne font que répondre à ce marché potentiel et produisent des vagues de tatoueurs "certifiés" moyennant une centaine d'heures de cours où les "formateurs", à défaut d'avoir pu devenir eux-mêmes des tatoueurs reconnus, ont fait le choix de délivrer des certificats pour quelques milliers d'euros. Elles encouragent l'arrivée massive de tatoueurs formatés et légitimés par un diplôme qui n'en est pas un (certification enregistrée pour une durée limitée, au contraire d'un vrai diplôme d'Etat), dans un secteur déjà saturé.
En l'état actuel de la profession et de l'offre en la matière, le choix d'une "école" ou d'une formation payante reste tout-à-fait marginal et hasardeux. L'offre est limitée, coûteuse, et n'offre aucune garantie sur les compétences du formateur. On comprend aisément le peu de crédit que présente un tel "cursus" lorsqu'on cherche un poste de tatoueur, seulement armé d'un "diplôme".

Enfin, si de rares séminaires techniques ou stages de perfectionnement sont proposés sur les conventions ou en atelier par des tatoueurs reconnus, ils sont destinés à des professionnels déjà expérimentés : Le SNAT ne cautionne, à ce jour, aucune formation initiale payante destinée à des débutants.
Seule la formation Hygiène et Salubrité est requise par la loi, et ne forme en aucun cas aux techniques de tatouage proprement dites : Aucune formation agréée ou reconnue par la profession ne dispense d'initiation technique. 
Les éventuels titres de certification revendiqués par certains organismes ne sont pas des diplômes reconnus par l’État : Il s'agit de modules construits et définis par les organismes de formation eux-mêmes, puis répertoriés moyennant un dossier administratif en bonne et due forme... Dans lequel toute notion artistique ou exigence technique du formateur sont absentes.
Aucune "certification" ou enregistrement à un Registre national ne valide la qualité d'une formation ou les compétences techniques de la personne qui l'obtient. Et encore moins ses qualités artistiques.

Quel cadre pour les tatoueurs débutants ?

A ce jour, la seule vraie solution à ce jour d'un point de vue légal pour nos "apprentis" reste le salariat (CDI, CDD, temps partiel...).
L'option d'un contrat de type collaboration peut être valable dans certains situations mais, ne permettant de justifier d'aucun lien de subordination ou d'exclusivité avec la personne en contrat, qui se retrouve en situation de totale indépendance, elle ne peut être recommandée. L'équilibre se trouve peut-être au niveau des qualités graphiques du futur tatoueur...

Par le passé, le SNAT a réfléchi à l'idée d'un CQP (certificat de qualification professionnel) avec l'objectif de répondre à la problématique du statut de l'apprenti tatoueur... Or, ni le format, ni les contraintes d'un tel cadre ne pouvaient répondre aux spécificités de notre métier : Nous rattacher à des professions bien éloignées de la nôtre sans apporter de réelles solutions n'est pas envisageable. Il suffit de constater le nombre de CQP inventés dans le secteur de l'esthétique... Et d'observer que les mêmes formateurs des "écoles de tatouage" ont depuis plongé dans la brèche, multipliant les offres payantes et les promesses d'avenir lucratif. Les membres du SNAT ont évidemment confirmé ce rejet en Assemblée Générale.

Pour l'avenir, la formation artistique doit absolument être mise en avant, en cohérence avec la défense du statut d'artiste tatoueur : Etablir des liens avec les écoles d'art est une option que nous aimerions envisager. Avec un tel cursus, tout étudiant disposerait d'un socle artistique et serait à même de trouver un professionnel susceptible de lui transmettre la technique nécessaire à la pratique du tatouage, avec l'option d'une convention de stage pour une durée de 6 mois.

 

CAP ou statut d'artisan (d'art) : Les fausses bonnes idées

Un CAP est une qualification d'ouvrier ou d'employé qualifié : Une telle certification ne pourrait que légitimer un tatouage à la chaîne, dans des magasins franchisés comme il en existe chez les coiffeurs et les esthéticiennes, pour un tattoo copié-collé mille fois et tatoué sans rendez-vous ni réflexion.
Depuis la première formation obligatoire Hygiène et Salubrité (2008), le nombre de tatoueurs déclarés a explosé : On devine aisément comment un CAP ou tout autre diplôme obligatoire pourrait scléroser notre art, en permettant la multiplication d'enseignes par un gérant "diplômé" accueillant ou employant de nombreux praticiens "non diplômés", comme c'est souvent le cas d'autres secteurs d'activités comme la coiffure ou la beauté, également saturés.

On parle de tattoo artist depuis plus de 150 ans : Lorsque le SNAT a été créé en 2003 au nom des "artistes tatoueurs", cette appellation était une évidence pour tous. Peut-être simplement parce qu'au-delà de la "qualité" des réalisations, au-delà du "bon" et du "mauvais" (qui peut réellement juger ?), tout tatoueur exprime des choix qui lui sont propres : Il choisit sa machine, ses aiguilles et leur taille, ses encres, l'épaisseur de ses traits, la profondeur de ses ombrages, etc. Même sur un motif qui ne serait pas originellement créé par lui-même, chaque tatoueur, quelle que soit son expérience, prend des décisions fondées sur son apprentissage, son talent et sa sensibilité artistique... Aussi limités soient-ils.
Cela ne signifie pas que tous les tatoueurs sont fondamentalement des artistes, à l'instar des auteurs de BD ou des photographes par exemple : Beaucoup sont alors des prestataires de service, et c'est à ce jour le seul statut administratif qu'on reconnaît à l'ensemble des professionnels du tatouage.
Le SNAT, à la lumière de l'évolution des pratiques, de l'explosion du nombre de professionnels, des échanges avec les institutions et des avancées juridiques, revendique l'ouverture d'un statut d'artiste pour les tatoueurs justifiant d'une démarche artistique, et la possibilité de rester un prestataire de service pour ceux qui ne peuvent se prévaloir d'un statut d'artiste (éléments rappelés dans le Manifeste pour le 10ème Art). Notre syndicat ne souhaite voir aucun statut contraignant imposé à l'ensemble de la profession.

Les termes d'artisan tatoueur ont été lancés pour la première fois en décembre 2013, dans le contexte d'une crise règlementaire nationale, par une association dont l'objet est pourtant : "formations ayant un rapport avec le métier de tatoueur, contact avec les organismes légaux pour accéder à une reconnaissance du statut d’artiste tatoueur, défense des intérêts individuels et collectifs pour améliorer ou développer le métier de tatoueur."
Précisément, vouloir être artisan, c'est d'abord se soumettre à l'obtention d'un diplôme et à une obligation de résultat ; c'est aussi valoriser la compétence technique avant la créativité et l'originalité ; c'est, probablement, pousser la multiplication des boutiques... Rien qui puisse encourager une amélioration des pratiques professionnelles actuelles ou une régression des pratiques clandestines.
L'artisanat, estampillé "d'art"* - ou pas -, répond à des contraintes techniques ou utilitaires, avec pour but d'obtenir un "objet" parfaitement réalisé : Or, même s'il n'est pas toujours strictement créatif ou original, un tatouage reste fondamentalement plus esthétique qu'utilitaire ou même décoratif. L'existence d'un diplôme officiel de tatouage reviendrait à assimiler définitivement le tatoueur à un technicien copiste, qualifié pour reproduire sans fin les mêmes motifs...

* On peut rappeler que la Loi définit comme "métier d'art" une activité notamment "caractérisée par la maîtrise de gestes et de techniques en vue du travail de la matière" : Si le double support particulier de la peau et du corps humains entravent à eux seuls l'acceptation juridique du tatouage comme oeuvre d'art ou même comme création artistique, comment pourrait-il être considéré comme une simple "matière" à travailler ?...

Le tatoueur voyageur

"Le tatouage a toujours incarné, en Occident, l'énergie du voyage. On doit prendre la mesure de l'implication des tatoueurs eux-mêmes visant à optimiser leur pratique en tant qu'art en mouvement, leurs efforts pour échanger connaissances et innovations techniques, à une époque où la voie épistolaire était la plus rapide. A partir de la fin du XIXe siècle, les tatoueurs communiquaient par l'envoi de documentation, notes personnelles, photos. [...] Les tatoueurs opéraient des rapprochements, se déplaçant pour travailler chez l'un ou chez l'autre, ceci jusqu'au bout de la terre. [...] A partir des années 1980, les conventions mondiales contribuèrent à resserrer, puis généraliser les liens. Aujourd'hui, Internet connecte d'un battement de cils par mail, là où le tatouage peut aussi n'être qu'une technique sans art. Toutefois, en réaction, pour retrouver un art qui serait une expression authentique basée sur l'humain, une génération libérée des automatismes du studio sédentaire recommence à voyager. Ces tatoueurs, "on the road", travaillent sur la route. A l'heure du tout connexion, ils arrêtent passionnément le temps, ils cherchent l'antidote. En 2014, la singularité de la famille Leu - active dans le milieu depuis plus de trois décennies - porte la richesse d'une époque que le coeur irrigue, un monde où le tatouage l'emporte sur l'artificiel. Le voyage y est roi et formateur."
Anne & Julien (Hey!), Tatoueurs, Tatoués, Musée du Quai Branly/Actes Sud, 2014

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(c) www.snat.info